Impôts en Angleterre : ce que paie une société et son dirigeant

Les impôts en Angleterre reposent sur deux niveaux : la société paie l’impôt sur les sociétés sur ses bénéfices, le dirigeant paie l’impôt sur le revenu sur ce qu’il se verse. Comprendre cette séparation évite les mauvaises surprises pour un entrepreneur francophone.

Vue du quartier financier de la City de Londres au crépuscule avec immeubles de bureaux

Impôts en Angleterre : la logique générale du système fiscal

Le système fiscal anglais sépare nettement la personne morale et la personne physique. Une société Limited (Ltd) est un contribuable à part entière : elle déclare ses bénéfices et acquitte l’impôt sur les sociétés. Le dirigeant, lui, n’est imposé que sur ce qu’il extrait de la société, salaire ou dividendes. Cette distinction structure tout le reste et explique pourquoi un entrepreneur arbitre souvent entre rémunération et distribution.

Deux administrations se partagent le travail. Companies House reçoit les comptes annuels et tient le registre public des sociétés. HMRC (His Majesty’s Revenue and Customs) collecte l’impôt proprement dit. Ces deux organismes britanniques pilotent l’ensemble pour toute l’Angleterre comme pour le reste du Royaume-Uni. Confondre leurs rôles est une erreur fréquente : on ne paie pas son impôt à Companies House, on lui transmet des documents.

L’année fiscale britannique ne suit pas l’année civile. Elle court du 6 avril au 5 avril suivant, un héritage historique qui surprend toujours les nouveaux arrivants. Les seuils, abattements et tranches s’apprécient sur cette période. Avant même de penser aux taux, ouvrir créer une société en Angleterre dans de bonnes conditions suppose de caler son exercice comptable et son calendrier déclaratif sur ce rythme particulier.

La forme juridique choisie détermine le régime applicable. La Ltd relève de l’impôt sur les sociétés ; le sole trader (entrepreneur individuel) relève directement de l’impôt sur le revenu après inscription auprès de HMRC. Le choix entre les deux n’est donc pas qu’administratif, il engage la fiscalité. Un détour par les formes juridiques d’entreprise en Angleterre aide à mesurer ce que chaque statut implique avant de se lancer.

Impôt sur les sociétés : taux, marginal relief et échéances

L’impôt sur les sociétés (corporation tax) frappe les bénéfices de la Ltd. Le taux est de 19 % sous 50 000 £ de bénéfices et de 25 % au-delà de 250 000 £. Entre ces deux bornes s’applique un marginal relief, un allègement dégressif qui lisse la transition : le taux effectif progresse graduellement de 19 % vers 25 % plutôt que de sauter d’un coup. Une société qui dégage des bénéfices modestes reste donc imposée à 19 %, ce qui demeure compétitif au regard de la fiscalité française.

Les obligations déclaratives suivent un calendrier précis. La déclaration CT600 doit être déposée dans les 12 mois suivant la clôture de l’exercice. Le paiement, lui, intervient plus tôt : il est dû 9 mois et 1 jour après la clôture. Cette inversion déroute : on paie avant la date limite de déclaration. Mieux vaut anticiper la trésorerie en conséquence, car HMRC applique des intérêts en cas de retard.

Le capital social d’une Ltd démarre à partir de 1 £, ce qui n’a aucune incidence sur l’impôt mais rappelle que la barrière à l’entrée est faible. Depuis novembre 2025, la vérification d’identité des dirigeants via un prestataire agréé (ACSP, Authorised Corporate Service Provider) est obligatoire. Pour les frais d’immatriculation auprès de Companies House, ils restent officiels et modestes ; un accompagnement par un prestataire francophone, facturé à titre indicatif quelques centaines d’euros en fourchette haute, couvre généralement la constitution et les premières démarches fiscales à distance.

Bureau d'un comptable avec documents fiscaux et calculatrice posés sur une table en bois

Les principaux impôts en Angleterre en un tableau

Le tableau ci-dessous récapitule les impôts qu’un entrepreneur croise le plus souvent, avec leurs taux et seuils 2025-26.

ImpôtQui paieTaux ou seuil 2025-26
Impôt sur les sociétésLa société (Ltd)19 % sous 50 000 £, 25 % au-delà de 250 000 £
TVA (VAT)La société20 % normal ; immatriculation au-delà de 90 000 £
Impôt sur les dividendesLe dirigeant résident8,75 % / 33,75 % / 39,35 % après 500 £
Impôt sur le revenuLa personne physique20 % / 40 % / 45 % après 12 570 £
Plus-values (CGT)La personne physique18 % / 24 %, abattement 3 000 £
National Insurance salariéLe salarié8 % au-dessus de 12 570 £ puis 2 %

Ces chiffres donnent une vue d’ensemble, mais chaque ligne mérite des précisions développées dans les sections suivantes. Les seuils s’apprécient sur l’année fiscale du 6 avril au 5 avril.

TVA, charges sociales et exonérations

La TVA (VAT) devient obligatoire dès que le chiffre d’affaires dépasse 90 000 £ sur 12 mois glissants, seuil relevé en avril 2024. En dessous, l’immatriculation reste facultative. La radiation est possible quand le chiffre d’affaires retombe sous 88 000 £. Le taux normal est de 20 %, le taux réduit de 5 % concerne l’énergie domestique, et un taux à 0 % couvre l’alimentaire de base, les livres et les vêtements pour enfants. Les exports de biens sont zéro-notés. Ces taux 0 % constituent une forme d’exonération de TVA propre à certaines catégories de produits.

La gestion se fait par déclarations trimestrielles via Making Tax Digital, le dispositif numérique imposé par HMRC. Pour les entrepreneurs travaillant à l’international, une règle compte : en B2B, un service vendu à une entreprise étrangère relève du reverse charge, c’est-à-dire que la TVA est autoliquidée par le client et non facturée par le vendeur. Une bonne maîtrise de ce mécanisme évite des erreurs de facturation coûteuses.

Du côté des charges sociales, le National Insurance fonctionne via le système PAYE (Pay As You Earn), une retenue à la source opérée sur les salaires. Le salarié cotise à 8 % au-dessus de 12 570 £, puis 2 % sur la fraction supérieure. L’employeur, lui, supporte des charges patronales de 15 % au-dessus de 5 000 £. Ce coût employeur pèse dans l’arbitrage entre salaire et dividendes, ces derniers n’étant pas soumis au National Insurance.

Dividendes et imposition des distributions

Les dividendes versés par une Ltd ne subissent aucune retenue à la source, y compris lorsqu’ils sont distribués à un non-résident. C’est un point notable de la fiscalité anglaise : un actionnaire étranger touche le brut, sans prélèvement opéré en amont par la société. La fiscalité se règle ensuite dans le pays de résidence de l’actionnaire, ce qui rend la convention fiscale franco-britannique déterminante pour un Français.

Pour un résident britannique, l’imposition des dividendes obéit à un barème propre. Un abattement de 500 £ (2025-26) s’applique d’abord, puis les distributions sont taxées à 8,75 %, 33,75 % ou 39,35 % selon la tranche de revenu. Ce barème, plus léger que celui des salaires et sans National Insurance, explique pourquoi beaucoup de dirigeants se versent un salaire modéré complété par des dividendes. Ouvrir et alimenter un compte bancaire anglais au nom de la société facilite par ailleurs la traçabilité de ces flux entre la trésorerie sociale et la rémunération du dirigeant.

Plus-values et fiscalité des cessions

L’impôt sur les plus-values (capital gains tax) a été révisé fin 2024. Depuis le 30 octobre 2024, le taux est de 18 % pour la tranche de base et de 24 % au-delà, avec un abattement annuel de 3 000 £. Ces taux concernent la cession d’actifs, dont les parts de société.

Plusieurs dispositifs allègent la facture. Le Business Asset Disposal Relief, fixé à 14 % depuis le 6 avril 2025, récompense les entrepreneurs qui cèdent leur entreprise sous conditions. La substantial shareholding exemption protège quant à elle les holdings lors de la cession de participations qualifiantes. Pour structurer une revente ou organiser un groupe, ces régimes orientent les choix patrimoniaux et méritent un examen au cas par cas avec un conseil.

Côté investisseurs, les régimes SEIS et EIS offrent une réduction d’impôt à ceux qui financent des start-ups, un levier utile pour lever des fonds. Ces dispositifs s’inscrivent dans une logique de planification fiscale et de soutien à la fiscalité des entreprises innovantes.

Comparaison avec la fiscalité française et obligations d’un expatrié

Comparée à la fiscalité française, la fiscalité anglaise se distingue par l’absence d’impôt sur la fortune et par un impôt sur les sociétés démarrant à 19 %. La convention fiscale franco-britannique évite la double imposition, mais la France conserve sa règle des sociétés étrangères contrôlées, qui peut rapatrier l’imposition de bénéfices logés dans une structure anglaise jugée artificielle. Un Français qui crée une Ltd tout en résidant en France doit donc cadrer sa situation avec soin, sous peine de voir le bénéfice de l’optimisation annulé.

Les obligations déclaratives d’un expatrié dépendent de sa résidence fiscale, abordée plus bas. Un dirigeant réellement installé en Angleterre déclare ses revenus via le self-assessment, tandis qu’un résident français reste tenu de déclarer ses comptes et revenus étrangers à l’administration française. La fiscalité internationale impose ici une double vigilance, et un accompagnement par un expert francophone à distance limite le risque d’oubli déclaratif de part et d’autre de la Manche.

Comment déclarer et payer ses impôts en Angleterre

La déclaration et le paiement passent par HMRC. Pour une société, la CT600 se dépose dans les 12 mois après la clôture et l’impôt se règle 9 mois et 1 jour après celle-ci. Pour la TVA, les déclarations sont trimestrielles via Making Tax Digital. Pour les salaires, le PAYE prélève le National Insurance et l’impôt sur le revenu à la source, mois après mois.

Pour les particuliers concernés par d’autres revenus, le self-assessment (auto-évaluation) prend le relais. La déclaration en ligne doit être déposée avant le 31 janvier, la version papier avant le 31 octobre. Respecter ces échéances est la condition pour éviter pénalités et intérêts. Un calendrier tenu rigoureusement, idéalement avec l’appui d’un comptable, sécurise l’ensemble des obligations déclaratives.

Impôt sur le revenu, PAYE et fiscalité des personnes

L’impôt des personnes ferme la boucle. L’impôt sur le revenu (income tax) 2025-26 s’articule autour d’un abattement personnel de 12 570 £, suivi de taux d’imposition progressifs : 20 % jusqu’à 50 270 £, 40 % jusqu’à 125 140 £, puis 45 % au-delà. L’abattement personnel fond d’1 £ pour 2 £ de revenu au-dessus de 100 000 £, créant un taux marginal élevé sur cette zone. Le système PAYE prélève cet impôt directement sur les salaires, ce qui dispense la plupart des salariés de déclaration.

La résidence fiscale se détermine par le Statutory Residence Test, un faisceau de critères qui mesure le temps passé et les liens avec le pays. C’est ce test qui décide si une personne est imposée en Angleterre sur ses revenus mondiaux ou seulement sur ses revenus de source locale, et donc son statut de résident ou de non-résident. Le statut non-domicilié (non-dom) et la remittance basis, qui permettaient autrefois de n’imposer que les revenus rapatriés plutôt que selon l’arising basis, ont été abolis le 6 avril 2025. Ils sont remplacés par le régime FIG (Foreign Income and Gains), qui exonère pendant 4 ans les revenus et plus-values étrangers des nouveaux résidents n’ayant pas été résidents fiscaux britanniques lors des 10 années précédentes. Ce régime intéresse particulièrement les expatriés disposant de revenus de source étrangère lors de leur installation.

Le patrimoine reste légèrement taxé : aucun impôt sur la fortune, mais des droits de succession (inheritance tax) de 40 % au-dessus d’un abattement (nil-rate band) de 325 000 £, complété par un abattement résidentiel jusqu’à 175 000 £. S’y ajoutent les taxes locales : business rates sur les locaux professionnels, council tax sur les logements, et Stamp Duty Land Tax (SDLT) à l’achat immobilier. Ces prélèvements complètent le tableau de la fiscalité personnelle d’un dirigeant installé en Angleterre.

Questions fréquentes

Quels sont les principaux impôts en Angleterre pour une société ?

Une Ltd paie l’impôt sur les sociétés (19 % sous 50 000 £ de bénéfices, 25 % au-delà de 250 000 £), collecte la TVA à 20 % au-dessus de 90 000 £ de chiffre d’affaires, et gère le National Insurance via le PAYE pour ses salariés. Le dirigeant paie ensuite l’impôt sur le revenu ou sur les dividendes selon sa rémunération.

Comment payer ses impôts en Angleterre quand on dirige une Ltd ?

L’impôt sur les sociétés se règle auprès de HMRC 9 mois et 1 jour après la clôture de l’exercice, la déclaration CT600 suivant dans les 12 mois. La TVA se déclare trimestriellement via Making Tax Digital. Les salaires sont soumis au PAYE, retenue à la source mensuelle.

Comment fonctionne la résidence fiscale britannique ?

Elle se détermine par le Statutory Residence Test, qui examine le temps passé et les liens avec le pays. Un résident est en principe imposé sur ses revenus mondiaux. Depuis le 6 avril 2025, le régime FIG remplace le statut non-domicilié et exonère 4 ans les revenus et plus-values étrangers des nouveaux résidents non britanniques sur les 10 années précédentes.

Quelles différences avec la fiscalité française ?

L’Angleterre n’a pas d’impôt sur la fortune et applique un impôt sur les sociétés débutant à 19 %. La convention fiscale franco-britannique évite la double imposition, mais la France garde sa règle des sociétés étrangères contrôlées. Les dividendes ne subissent aucune retenue à la source côté anglais.

Quelles obligations pour un Français qui crée une société en Angleterre ?

Il doit immatriculer sa Ltd auprès de Companies House, passer la vérification d’identité via un prestataire agréé (obligatoire depuis novembre 2025), déclarer et payer l’impôt sur les sociétés à HMRC, et gérer la TVA si le seuil est atteint. S’il reste résident français, il déclare aussi ses revenus et comptes étrangers en France.

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